hamida.jpgTexte écrit par Denis Lavant le 29 octobre au soir après qu'Hamida nous ait quittée et dit par Denis lors de la cérémonie d'adieu à Malakoff evec sa famille et tous ses amis le 3 novembre 2009.

Ah ! Hamida….

Les mots nous manquent devant la mort
Car le mot mort nous met hors de propos.
Ces mots mordus par le mot mort,

Mis à mals , morveux,
Nos mots fondent morfondus
Du remords de n’avoir su livrer leur or
Au vivant avant que la mort
N’ai fondue dessus ;
Tant est trop morne et sans-dessous-dessus
La partance du vivant qui nous avait émue
Que des larmes montent submergeant l’abscence
D’un flot d’où émerge notre parole éperdue ;
Sans doute dans le silence d’un pleur
Retrouve -t’elle la candeur à son insu
De ce propos qu’elle ne peut dire
Sans avoir à coeur de mentir,
Car la mort est aussi notre issue
Et hors la mort on ne peut que vivre
Ayant songé à la mort
…..ou n’y songeant plus,
L’apprivoisant , baroque
…. ou la défiant, obtus
Jusqu’au mauvais moment où elle nous prend par le dessus du vivant
Un être cher une présence amie,
Une Mére , pour les plus appauvris
Une Soeur aussi
Une femme de chair et d’esprit ;
Notre esprit se révolte contre ce déni de vie
Que le mot mort marmonne en mâchant
La chair encore en vie….
Mes mots sont écorchées parce que ‘’ quelqu’un’’ s’en va
HAMIDA
Encore avide de vivre en notre présent
Encore en si grand appétit du vivant.
Il n’y a que le temps qui passe
Qui nous fait comprendre dans le plus large espace vécu
La nécessité si simple de l ‘échange amical,
Affectueux ou aimant
Avec ceux qui cotoyent nos parcours d’existence
Las ! A peine a –t’on le temps d’entendre
Un début d’harmonie
Qui présageait de sublimes mélodies
Que l’un des musiciens a déjà disparu
Nous laissant dans un couac affreusement têtu
Haché par ce silence vibrant
Qui nous met de l’ouate en la tête
Et cette rougeur au yeux…
Que pouvons nous faire devant ce défaut
Qui nous casse l’entendement
Nous réduit à l’état du désespoir dément ???
Contrairement à nos piteux ébats de terriens
La mort n’est pas un geste inaccompli
Celui qui meut meurt entièrement
Il a été au bout de son chemin de vie
Et ne peut plus rien dire ni faire qui
Soit encore activé sur la terre
Dans le domaine de l’esprit –et de même que son corps
Ne sait plus que fondre effondré , se confondre à l’humus,
Résoudre en une rosée….
Mais nous qui l’avons connu
L’avons parfois accompagné dans ses airs impromptus
Ou l’avons soutenu de nos rythmiques denses
Dans ses tentatives d’harmonies
Nous qui l’avons parfois flattées de nos arpèges
Ou agacée d’un solo
Ne pouvons -nous songer encore
Compter avec son air
Dans cette musique qui nous soutient ?
E t même si son souffle s’est tu
Son haleine tient dans ce refrain qui fut le sien
Pour peu que nous l’ayons perçu
Dans ses belles et rebelles humeurs
Et qui nous parvient encore
Elle absentée du décor ,
Comme un chaleureux sonore
Elevant la veilleuse au coeur de nos sanglots
Pour nimber de ce halo de réconfort
L’espace où pour chacun son or retentit,
La vérité de sa voix
La saveur de son geste
Accrus du souvenir
Emporté par chacun sur ses pas …
La chanson de sa vie ne finit pas
Sans cette absence de voix,
Si c’est le voeux de chacun
ELLE continue , par son solfège
A nous accompagner demain
Il suffit de veiller à garder son ton
Bien accordé à notre diapason .
Pour moi c’est facile de parler
Je ne peux ressentir , bien sur , un manque terriblement
Charnel d’HAMIDA
Pour Sami et Camel
C’est le plus dur à supporter, réellement
Pour Razerka , Boualem , Sisi , Rosa sans oublier Ouardia
C’est encore tout un monde qui s’écroule
Dans le départ d’HAMIDA
C’est le continent entier des années d’enfance
Qui se met à vaciller
Tant ce territoire là n’aurait jamais pu imaginer
Ce qui arrive aujourd’hui
Comme si une marée de larmes y faisait irruption
Détrempant une partie des terres de désolations ,
Faisant douter même un temps
Où il y aurait eu tout de promis dans la vie
Ignorant de cette mort la qui retourne le tout d’un doigt
Glacé
Moi , je n’ai pas non plus ces souvenirs la
Avec HAMIDA
D’une enfance en commun passée
Je n’ai que l’éclat de ses yeux ,
L’allant de sa voix , la flamme de son coeur
Tels que je les ai ressentis et tels je les accueille
En mon esprit , en mon corps
Dans ma douleur ouverte par le chant de son amour qui dure
Au delà de la mort abolie dans le temps par les seuls
Mot s aimants.
Denis Lavant

Hommage d'Alternative citoyenne lu par Claire Villiers

Malakoff le 3 Novembre 2009D En hommage à Hamida Ben Sadia

Oh Hamida, quelle douleur ton départ !

Quel vide déjà, quels regrets !

Pour Alternative Citoyenne, le compagnonnage avec Hamida commence au printemps 2004.

Nous proposons qu’Hamida soit tête de liste aux élections européennes avec Francis Wurtz et Claude Debons.

Oui, aux élections européennes !

Comme un défi contre les racistes de tout poil,

Comme une affirmation de l’Europe qu’on veut : ouverte, chaleureuse, accueillante !

Hamida : femme, maman, militante pour les droits, pour l’égalité.

Il n’y a pas deux Hamida, il y a une femme, une militante féministe, à la double culture, ancrée dans la banlieue et ses quartiers populaires.

Une femme entière, passionnée, déterminée,

Une femme qui lutte pour que la totalité de ses batailles soit reconnue comme un combat Politique, un combat pour la vie !

La vie, la tendresse, la chaleur qui ont nourri tous tes combats

Ce droit à vivre tu l’as conquis de haute lutte, mais jamais nous ne t’avons sentie aigrie ou revancharde.

Bien au contraire, tu y as puisé tes fidélités, familiales comme militantes, et tu nous as si souvent bousculés dans ce qu’on croyait être des certitudes infaillibles.

Tu refusais la simplicité : la vie est tellement plus complexe … tes interventions en étaient le miroir …

Tu as toujours privilégié la qualité de ce que tu défendais aux étiquettes, qu’elles soient professionnelles ou d’organisation ;

Ta fidélité c’est l’émancipation, pas tel ou tel parti !

Hamida, tu ne faisais pas de cases dans ta vie : d’un côté le boulot, de l’autre le militantisme et quand tu agis sur la politique de la ville c’est à la fois comme militante et comme professionnelle.

Quand tu es à la Mairie de Paris, tu agis efficacement pour qu’une plaque soit enfin apposée sur le Pont Saint Michel en mémoire des Algériens massacrés le 17 octobre 61.

Pour toi la mémoire, l’égalité des droits, la dignité, tout cela ne fait qu’un, tout cela participe à l’identité française …

Hamida, toujours belle, élégante, distinguée, vivante,

Hamida, tu es une réponse vivante à Besson : identité nationale, identité collective toujours en mouvement, construite par tous les hommes et femmes qui décident de construire ensemble leur destin dans un universel qui nous dépasse chacun et nous fait exister mieux !

Non, Hamida tu n’es pas morte,

Comme le disait Jean-Marie Djibbaou « tu es seulement passée de l’autre côté du miroir »

Kamel, Samy, vous pouvez être fiers de votre maman !

Hamida, on t’aime.

Lu par Claire Villiers

 

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