Intervention du 19 octobre 2026 de Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers
Rassemblement à 12h sur le parvis de la Mairie
Mesdames, Messieurs,
Évidemment, notre pensée solidaire va en direction des maires, des populations qui ont vu des services publics ou des commerces détruits ce weekend, c’est j’espère le sens des rassemblements qui ont lieu en ce moment dans toute la France à l’appel de l’Association des maires de France.
Une mairie, c’est une maison commune pour toutes et tous. S’en prendre à une mairie, s’en prendre à un lycée, c’est s’en prendre à ce qui nous appartient à tous.
Mais les débordements de quelques-uns ne disent rien de la colère de tous. Et face à des enfants, un État démocratique a un devoir de plus que les autres : la retenue, la protection, le dialogue.
J’alerte sur l’orchestration en cours qui vise à effacer l’importance du mouvement social, la justesse des manifestations de la jeunesse dont on a pu voir des banderoles et des pancartes qui exigeaient » du fric pour les services publics », « le bac pas les matraques« , « la seule arme à financer est le savoir« , « le gazole coute un bras l’État prend l’autre« …
J’alerte sur l’autoritarisme de ce gouvernement qui méprise depuis plusieurs années les manifestants, les salariés, les familles. Il méprise, il réprime, car c’est sa façon de continuer à appliquer une politique au service des boursicoteurs.
J’en ai fait des manifestations depuis quelques années maintenant, j’ai été aussi syndicaliste lycéen, j’ai été président de l’UNEF pendant le mouvement contre Devaquet, jamais je n’ai vécu autant de volonté de l’État de casser des mouvements sociaux, d’empêcher les manifestations, d’interdire de se rassembler, de remettre en cause tout simplement l’État de droit, de refuser le dialogue.
Le Président Macron, par son intervention hier soir, fait à la fois la preuve de son incapacité à agir contre des actes délictueux, mais aussi de sa pédagogie de la violence. Le président de la République ne réagit jamais, n’engage aucune négociation quand les gens manifestent. Les gouvernements Macron répriment, c’est leur doctrine. Le président fait semblant d’entendre quand son autoritarisme, sa violence d’État, ne tient plus rien. Le président parle après les violents affrontements entre la police et les gilets jaunes, après que les agriculteurs mettent le feu devant les préfectures, après les émeutes dans les quartiers, après les pillages dans plusieurs grandes villes.
Il ne dialogue jamais avant ou pendant les mouvements avec les organisations syndicales, il vise à supprimer tous les corps intermédiaires qui permette le débat, la négociation, l’action pour la redéfinition du contrat social.
Ce gouvernement est responsable de son incapacité à assurer la tranquilité publique parce qu’il est responsable d’entrave à la liberté de manifester, responsable de son choix de faire intervenir la police dans les lycées plutôt que d’organiser les discussions, les négociations, la recherche de solution.
Aujourd’hui, l’extrême droite, la droite extrême, le gouvernement utilisent les casseurs pour essayer de casser le mouvement social. Les agissements d’une poignée de quelques-uns cachent le fait qu’un demi-million de jeunes, de parents, de familles, de grands parents ont manifesté pacifiquement. Un mouvement de jeunesse mais aussi un mouvement intergénérationnel qui conteste les politiques de cadeaux aux plus riches, …
Au centre des expressions dans la manifestation : pouvoir vivre dignement, lutter contre la vie chère, les salaires trop bas, la précarité, le recul des services publics, l’angoisse de notre jeunesse et le sentiment d’abandon.
Gouverner, ce n’est pas attendre que la colère explose pour réagir. Gouverner, c’est entendre les alertes avant l’explosion et prendre les décisions qui s’imposent. Quand les lycéens agissent devant leur lycée pour demander des professeurs le gouvernement Macron leur envoi des policiers.
Au 14 octobre, on comptait près de huit mille gardes à vue. Plus de huit sur dix concernaient des mineurs.
Huit milles! C’est en deux semaines plus de garde à vue qu’en plusieurs mois du mouvement des Gilets jaunes. Et on s’étonne de l’explosivité de la situation.
Que l’extrême droite qui essaye de récupérer les casseurs, regarde en Italie le fait que la violence d’État qu’ils nous promettent pour remettre de l’ordre comme ils disent, l’ordre capitaliste, que cette extrême droite regarde où elle gouverne, la même incapacité de la violence d’État à remettre l’ordre comme ils disent.
On nous dit que les préfets décideront « en lien avec les maires ». Que les choses soient claires : le maire de Gennevilliers ne demandera jamais qu’on interdise à des parents et à des jeunes de se rassembler pour réclamer des professeurs.
On nous dit aussi que les collectivités seront autour de la table. Très bien. Gennevilliers y viendra. Avec vos comptes : les heures de cours perdues, les classes sans remplaçant. Pour parler de l’école, pour une augmentation des salaires, minima sociaux et pensions de retraites, pour défendre les services publics.
Parce que depuis des années, on traite l’école comme une dépense à réduire, et non comme un investissement dans l’avenir. Parce qu’on met en concurrence les élèves, les établissements, les territoires. Parce qu’on préfère gérer le manque de places plutôt que créer des places. Parcoursup n’a jamais ouvert une seule place de plus à l’université. Il organise la file d’attente.
Gennevilliers est une ville populaire, et nous en sommes fiers. Elle ne décide ni des postes ni de Parcoursup. Mais une ville peut refuser de se taire. Et une ville peut se tenir aux côtés de sa jeunesse et de ses familles.
Alors voici ce que nous allons faire.
Nous allons aussi nous réunir. La ville mettra des salles à disposition pour débattre et s’organiser — sans jamais parler à la place des jeunes.
Enfin, nous allons porter leur parole, et la vôtre, là où se prennent les décisions. J’interpellerai l’État. Nous demandons une vraie négociation, avec un calendrier et des moyens.
Je veux remercier celles et ceux qui, depuis des semaines, tiennent bon aux côtés des jeunes. Les enseignants, les conseillers principaux d’éducation, les infirmières, les agents des établissements, les élus, qui ont protégé les élèves et gardé le lien.
Je veux finir par deux mots.
Le premier est pour vous, les adultes. Ne laissez personne vous dire que vos enfants sont manipulés. Ne laissez personne vous dire qu’ils sont trop jeunes pour avoir un avis sur leur propre avenir. Ce ne sont pas des citoyens en attente. Ce sont des citoyens, maintenant. Et ils ont besoin de nous. De parents qui les écoutent. D’enseignants qui les protègent. D’une ville qui ne les lâche pas.
Le second est pour les lycéens et les étudiants qui sont peut-être parmi nous. Continuez de parler. Continuez de vous organiser. Continuez de débattre. Par la parole, par le nombre, par les arguments — jamais par la violence. C’est votre force. C’est elle qui a déjà fait bouger les lignes.
Un pays qui craint sa jeunesse ne tient plus sa promesse d’égalité.
Nos enfants ne sont pas un problème à gérer. Ils sont la première richesse de ce pays.
À Gennevilliers, nous ne craignons pas la jeunesse parce que ce sont nos enfants. Nous comptons sur elle, elle peut compter sur nous. Nous serons dans la rue le 5 novembre prochain.



