Commémoration de la journée de la déportation

Patrice Leclerc
Gennevilliers

Intervention d’Aurélien Sandoz, Conseiller municipal délégué aux anciens combattants, ce samedi 25 avril 2026, à la maison de retraite Camille Cartier

Monsieur le maire

Mesdames et Messieurs les Elu.e.s, 

Madame la Directrice, 

Mesdames et Messieurs, 

Chers et chères ami.e.s, 

Madame Camille Royer épouse Cartier a mené une vie guidée par des principes qui l’ont conduite à l’engagement et au combat jusqu’au sacrifice. 

Camille était syndiquée à la CGT, déléguée du personnel féminin dans une blanchisserie gennevilloise. Elle s’est battue en 1938 contre la remise en cause des 40h sous Daladier. Licenciée pour avoir fait grève, elle se retrouve au chômage mais pas au silence. Une note de police la décrit comme « une exaltée révolutionnaire » « connue pour ses sentiments acquis au parti communiste ». Camille n’était pas encartée : elle agissait par conviction : elle était membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme. Elle avait déjà choisi son camp bien avant l’Occupation.  

Dès 1940, Camille rejoint la résistance clandestine. Le 19 février 1941, deux inspecteurs l’arrêtent à son domicile, 18 rue de l’Arbre-Sec – aujourd’hui rue Paul-Vaillant-Couturier. Chez elle, ils saisissent un numéro de La Voix Populaire et quinze tracts de l’Humanité. Mais Camille refuse de dénoncer sa colocataire, Jeanne Daliddet, juive, lituanienne, porteuse de faux papiers.  

Dans cette France gouvernée par l’extrême-droite, Camille est condamnée à quatre ans de prison par le Tribunal de la Section spéciale, elle est incarcérée à la Roquette, puis transférée à Rennes. Le 5 avril 1944, elle est livrée aux Allemands par la dictature de Vichy. Internée au fort de Romainville, puis déportée à Ravensbrück le 18 avril. Matricule 35120. Dans ce convoi de 417 femmes, pas suffisamment sont revenues. Camille, elle, est gazée le 2 mars 1945. Jeanne Daliddet, qu’elle avait protégée, survivra. 

Son acte de naissance porte aujourd’hui la mention « Morte pour la France ». Son nom est gravé sur la plaque des morts en déportation au cimetière de Gennevilliers. Homologuée Résistante intérieure française, elle a tout donné pour ses idéaux. 

Se souvenir de Camille Cartier c’est affirmer que la mémoire est un devoir qui touche à l’intime. 

Faire mémoire de Camille Cartier, c’est honorer une vie offerte pour la liberté. Pour la liberté qu’elle défendait à l’époque, pour la liberté, ici, maintenant et partout. C’est rappeler que des femmes et des hommes ordinaires, comme elle, ont choisi la dignité du combat face à la barbarie. C’est aussi reconnaître le rôle des femmes dans la Résistance – ces ouvrières, ces syndicalistes, ces patriotes de la liberté qui ont dit non, au péril de leur vie. 

Voilà pourquoi il faut faire mémoire aujourd’hui 

Parce que l’Histoire ne se répète pas à l’identique : le contexte qu’a connu Camille n’est pas exactement le même aujourd’hui, mais les mécanismes eux persistent.   

Aujourd’hui, en France, en Europe, dans le monde, le droit international n’est plus la finalité, le droit du travail n’est plus une évidence, les inégalités s’aggravent, les crimes de déportation, crime contre l’humanité, crime de génocide deviennent de nouveau possible. Il y a quelques semaines, l’Assemblée nationale a organisé une minute de silence pour un militant d’extrême droite qui a plusieurs fois fait référence à son admiration pour le IIIe Reich et la déportation dans ses prises de position. Rien ne justifie l’assassinat. Rien ne justifie pour autant de rendre hommage à un néo-nazi, de faire un instant penser que cette idéologie puisse avoir tribune. Rien ne justifie de laisser l’extrême-droite prendre le pouvoir. Hannah Arendt le rappelle : une société totalitaire naît lorsque « la distinction entre fait et fiction (et entre vrai et faux) n’existe plus. » 

Comprendre Camille Cartier, la rappeler au travers des hommages, au travers de son histoire qu’il faut continuer de raconter, c’est se donner la possibilité de s’engager contre l’extrême-droite, contre les discriminations et pour la justice sociale. Et ici, à Gennevilliers, le monde des anciens combattants est présent pour transmettre à toutes les jeunesses ces valeurs avec le soutien de la municipalité. 

Merci à Mme la Directrice, Mme Prothais, de nous avoir accueilli, merci aux résidents présents, merci à vous toutes et tous pour votre présence. 

Intervention de Patrice Leclerc, devant le monument aux morts de Gennevilliers, ce 25 avril 2026

Laisser un commentaire