Dissolution de Génération EDR : le gouvernement empêche la structuration des luttes antiracistes de la jeunesse

Patrice Leclerc
Actualités générales

Tribune que j’ai signé, parue dans le journal l’Humanité du 6 mai 2026.

https://www.humanite.fr/en-debat/antiracisme/dissolution-de-generation-edr-le-gouvernement-empeche-la-structuration-des-luttes-antiracistes-de-la-jeunesse

« Génération EDR » (Espoir, Dignité et Résistance) est un collectif né en mars 2025 de la convergence de plusieurs organisations de jeunesse : la Jeune Garde (avant sa menace de dissolution), l’Union Syndicale Lycéenne, RED Jeunes et les Étudiants Musulmans de France.

Sa raison d’être est simple, mais essentielle : construire un front commun de lutte contre l’islamophobie, devenue l’un des instruments privilégiés de l’État dans la répression des contestations sociales.

Le 31 mars dernier, le collectif a été informé de l’engagement, par le Gouvernement, d’une procédure de dissolution à son encontre. Il lui est reproché d’avoir « délibérément choisi de s’inscrire dans un activisme violent pour promouvoir son idéologie ».

Il s’agit là d’un prétexte dénué de tout fondement, dont la justice sera saisie si la dissolution du collectif devait être actée par le gouvernement. Inutile, dès lors, de s’attarder sur la crédibilité d’une procédure qui prétend imputer des agissements violents à un collectif dont les activités — tables rondes et campagnes d’affichage — sont publiques et parfaitement identifiables.

Mais se pose alors la question suivante : pourquoi le gouvernement cherche-t-il à dissoudre un collectif dont il ne peut sérieusement établir la violence ?

Des politiques islamophobes comme laboratoire de la répression

Cette procédure s’inscrit dans une stratégie de long terme : expérimenter des politiques liberticides contre celles et ceux qui s’organisent face à l’islamophobie.

Au fil des années, les violences institutionnelles se sont intensifiées pour criminaliser ces luttes.

Dissolutions du CCIF et de la CRI, tentative d’interdiction de la rencontre annuelle des Musulmans de France, perquisitions visant le CCIE après la marche contre l’islamophobie en la mémoire d’Aboubakar Cissé, gels d’avoirs, répression des mobilisations en soutien à la Palestine : ces mécanismes se systématisent.

Ce qui se joue dépasse toutefois les seules mobilisations antiracistes. Ce laboratoire répressif tend à s’étendre à l’ensemble du mouvement social, comme en témoigne la répression des mobilisations sociales, écologistes et féministes.

On assiste ainsi à un déplacement : des outils initialement conçus pour encadrer les luttes antiracistes deviennent des instruments de contrôle généralisé pour toutes les formes d’organisation collective.

Dans ce contexte, la convergence entre luttes antiracistes et mouvement social ne relève plus d’un simple choix stratégique. Elle constitue une nécessité politique : construire un rapport de force capable de faire reculer les politiques racistes et les dispositifs répressifs, et d’imposer une rupture avec l’ordre social qui les produit.

Une jeunesse en quête de représentation et d’organisation

Dans ce contexte, les organisations de jeunesse et les luttes antiracistes occupent une place centrale, car ce sont aujourd’hui des espaces majeurs de structuration et de conflictualité.

Et c’est dans cet espace que s’inscrit Génération EDR : articuler éducation populaire, mobilisation et travail institutionnel pour construire une réponse collective aux politiques répressives

Cette dynamique s’enracine dans une réalité politique structurante : une partie de la jeunesse, notamment issue des quartiers populaires et descendante de l’immigration postcoloniale, fait l’expérience quotidienne de discriminations persistantes. L’islamophobie y occupe une place centrale, en tant que rapport social qui organise concrètement l’accès aux droits, à la parole et à la représentation.

Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas seulement la visibilité de ces expériences, mais leur traduction en capacité d’organisation politique. Et c’est précisément ce processus de structuration collective qui fait l’objet de tentatives de délégitimation, visant à maintenir ces paroles dans un registre fragmenté, individuel ou disqualifié.

La structuration de collectifs comme Génération EDR s’inscrit alors comme une réponse : rendre possible l’émergence d’une parole autonome, capable de nommer les rapports de domination contemporains et de s’inscrire durablement dans le débat public.

Une convergence entre organisations de jeunesse et luttes antiracistes

Par sa composition, comme par son projet, Génération EDR témoigne d’une évolution des mobilisations en France. Depuis plusieurs années, les luttes antiracistes occupent une place croissante dans les dynamiques sociales et politiques.

Les mobilisations contre les violences policières, pour la Palestine ou contre l’islamophobie ont progressivement investi les organisations de jeunesse et les espaces de la gauche institutionnelle. Pour une partie de la gauche sociale et politique, l’antiracisme est devenu un axe politique structurant de la résistance à la fascisation.

Et cette évolution est portée, en première ligne, par la jeunesse. Qu’elle s’organise dans des associations de quartier, où elle construit des espaces d’expression et d’émancipation, ou qu’elle s’engage dans des structures syndicales et politiques, elle constitue aujourd’hui un moteur central des mobilisations.

Une tentative d’endiguer une recomposition des rapports de force

La dissolution de Génération EDR apparaît, en définitive, comme un moment d’une recomposition plus profonde du bloc bourgeois. Fragilisé, celui-ci opère un rapprochement structurel avec l’extrême droite, autour d’un socle commun fait d’autoritarisme, de racisme d’État et de répression des mobilisations.

Dans cette dynamique, l’islamophobie devient un instrument central. S’attaquer à Génération EDR, c’est tenter d’endiguer l’émergence d’un bloc populaire unifié, dont la convergence — notamment autour de la lutte contre l’islamophobie — constitue aujourd’hui la principale menace.

La raison d’être de ce collectif n’en est que confirmée, et doit être renforcée : faisons front, contre l’islamophobie, pour la victoire populaire.

Signataires :

Organisations
Etudiants Musulmans de France
RED Jeunes
Union Syndicale Lycéenne
Les Jeunes Ecolos
Les Jeunes Insoumis.es
Les Jeunes Génération.s
Les Jeunes de L’APRÈS
Fédération Syndicale Etudiante
Solidaires Etudiant-e-s
Union étudiante
Assemblée des Quartiers
Alternative Communiste
Les Ecologistes
La France Insoumise
Génération.s
European Network Against Racism (ENAR)


Personnalités
Ali Rabeh, maire Gs. de Trappes
Almamy Kanouté, Assemblée des quartiers, Comité Adama
Annie Ernaux, prix Nobel de littérature
Aurélien Le Coq, député LFI du Nord
Assa Traore, militante antiraciste, Comité Adama
Azzédine Taibi, maire de Stains
Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis / Pierrefitte
Didier Lestrade, co-fondateur d’Act Up-Paris
Dominique Natanson, porte-parole de l’Union Juive Française pour la Paix
Elsa Faucillon, députée PCF des Hauts-de-Seine
Fabrizio Li Vigni, sociologue
Françoise Vergès, politologue et militante féministe décoloniale
Hela Kribi-Romdhane, co-coordinatrice de G.S, conseillère régionale d’IDF, conseillère municipale de Massy
Jean-Christophe Sellin, co-coordinateur national du Parti de gauche
Jean-Luc Mélenchon, co-président de l’Institut La Boétie
Julie Ferrua et Murielle Guilbert, co-déléguées de l’Union syndicale Solidaires
Manuel Bompard, coordinateur national et député LFI des Bouches-du-Rhône
Mohamed Awad, maire-adjoint LFI à La Courneuve
Monira Moon, militante antiraciste et décoloniale
Olivier Besancenot, membre du NPA
Patrice Leclerc, maire PCF de Gennevilliers
Philippe Bouyssou, maire PCF d’Ivry-sur-Seine
Rania Kissi, conseillère de Paris, activiste droit de l’enfant
Tata Drapi, créatrice de contenus
Yessa Belkhodja, Collectif de défense des jeunes du Mantois
Ait Hmad Lahcen, enseignant à l’ESAS
Alain Bertho, anthropologue
Annick Berthelot, Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples
Daniel Vanhove, écrivain
Dominique Ziegler, auteur- metteur en scène
Faïza Hirach, groupe international de Réseau Salariat
Florence Ait-Salah-Lecervoisier, conseillère municipale LFI d’Orly
Georges Franco, artiste-peintre
Gianfranco Rebucini, anthropologue, chercheur au CNRS
Gilbert Achcar, universitaire
Hafida Bakioui, militante de la santé pour tous
Marc Mawet, architecte-enseignant
Matthieu Renault, enseignant-chercheur
Milady Renoir, poètesse anti-imperialiste alliée de la lutte des sans papiers en Belgique
Nordine Saidi, Bruxelles Pantheres
Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire
Robert Bistolfi, chercheur
Thaïs Danel et Auriane Dupuy, co-cordinatrices nationales Les Jeunes Gs
Zouina Meddour, Assemblée des quartiers


Collectifs
Action antifasciste Grenoble
Action Justice Climat Lyon
Basket Pour Toutes
Bruxelles Pantheres
Carré Citoyen
Climates France
Collectif des Résilientes
Collectif Liégeois contre l’islamophobie
Collectif Vietnam-Dioxine
Comité Adama
Comité NousToutes Paris Nord
Comité Palestine Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Comité Palestine Sorbonne Université
Khlass les clichés
Le Poing Levé
Marche des Solidarités
Mouvement Citoyen Palestine
No Pasaran 84
Nous Toutes
Nous Toutes 93 antiraciste
Savoir Pourquoi
Union Juive Française pour la Paix (UJFP)
Urgence Palestine
Soigner ou Saigner (SOS)
Survie
Tsedek!

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